Bourse/Finance
Assurance vie : un détenteur sur cinq qui connaît les frais de son contrat
Un sondage Kantar décrit des épargnants qui versent sur leur contrat sans savoir le comparer ni choisir ses supports. La moitié des Français redoutent de se tromper en investissant, et quatre sur dix ont déjà repoussé une décision. Les collégiens de quatrième, eux, reçoivent depuis la rentrée leurs premières heures d’éducation financière.
En août, les Français ont encore versé 11,5 milliards d’euros sur leurs contrats d’assurance vie, et l’encours atteint 2 171 milliards selon France Assureurs. Interrogés par Kantar, 22 % des détenteurs disent connaître précisément les frais de leur contrat. Le placement préféré du pays est aussi l’un des moins bien compris de ceux qui le possèdent.
Le sondage, réalisé auprès de 1 000 personnes pour Basalt, un nouvel entrant du secteur, mesure d’abord une appréhension. Un Français sur deux a peur de faire le mauvais choix lorsqu’il investit. 39 % ont déjà repoussé une décision d’épargne par crainte de se tromper, et 60 % estiment avoir laissé leur argent trop longtemps sur des placements peu rémunérateurs. La moitié considère ne pas avoir reçu une éducation financière suffisante pour gérer son épargne.
Des contrats que leurs détenteurs ne savent pas lire
La souscription ne règle pas le problème. 62 % des détenteurs jugent les contrats difficiles à comparer. Un quart seulement se disent parfaitement à l’aise pour choisir leurs supports d’investissement, et près de sept sur dix déclarent ne pas avoir reçu d’explication claire sur le fonctionnement des unités de compte, ces supports investis en actions, en obligations ou en immobilier dont le capital n’est pas garanti.
Les frais existent pourtant, et ils sont publics. L’Observatoire des produits d’épargne financière du Comité consultatif du secteur financier (CCSF) relève pour 2025 des frais de gestion moyens de 0,67 % par an sur les fonds en euros, de 0,80 % sur les unités de compte en gestion libre et de 1,08 % sur celles qui relèvent d’un autre mode de gestion. Ces pourcentages se comparent à un rendement moyen des fonds en euros proche de 2,6 % en 2025, d’après l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et France Assureurs. Sur un support en unités de compte, s’y ajoutent les frais propres aux fonds logés dans le contrat.
Les épargnants arbitrent malgré tout en faveur du risque. Sur les huit premiers mois de 2026, les cotisations atteignent 138,7 milliards d’euros, en hausse de 7 %. En août, les versements en unités de compte progressent de 3 % quand ceux en fonds en euros reculent de 10 %. La collecte nette du mois, 2 milliards d’euros, est deux fois plus faible qu’en août 2025. Les prestations versées par les assureurs, 9,5 milliards d’euros, ont augmenté de 15 %.
L’attente comme stratégie par défaut
Une autre enquête recoupe ce constat. Selon TGM Research pour le courtier XTB, 44,7 % des Français ont reporté au moins une décision concernant leur épargne ou leurs investissements, dans l’attente d’un contexte plus stable. Ils sont 51,7 % à citer la peur de perdre de l’argent et 38,6 % la peur du mauvais choix. Avec 100 euros de plus par mois, 32,4 % les placeraient sur un livret et 12,5 % sur un placement de moyen ou long terme. « Dans l’incertitude, beaucoup préfèrent attendre avant de prendre une décision financière. Or attendre est aussi une décision », commente Daniel Gravier, directeur général de XTB France.
Attendre a un prix mesurable. Le Livret A rapporte 1,7 % depuis le 1er août, alors que les prix ont augmenté de 3 % sur un an en septembre, selon l’estimation provisoire de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques).
La Bourse n’est pas mieux comprise. Dans un sondage poll&roll réalisé en juin pour Lise, une Bourse française destinée aux petites et moyennes entreprises, 10 % des Français disent comprendre suffisamment les fonds indiciels cotés pour y investir. La proportion est de 16 % chez les 18-34 ans et de 6 % chez les 65 ans et plus.
Les pouvoirs publics ont choisi de traiter le sujet par l’école. Depuis la rentrée 2026, le passeport d’éducation financière de la Banque de France, une séance de deux heures conclue par un quiz, est généralisé à tous les élèves de quatrième. Une expérimentation est annoncée au lycée pour la rentrée 2027. L’enquête de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publiée en janvier attribue aux Français une note de culture financière de 12,82 sur 20.